« Les Rigolos de la Chaussée Jules-César » - Société bigophoniqueBtn retour
par Cédric Mahé

Avez-vous déjà entendu parler des Rigolos de la Chaussée Jules-César ? Belle découverte que cette société bigophonique, fanfare carnavalesque passée aux oubliettes de notre histoire collective.
Il faut dire que son aventure fut éphémère (1932-1935), et les archives, quasi-inexistantes à son égard.

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« Les joueurs de bigophones de Franconville et de Plessis-Bouchard ont formé une société qui a pris le titre des ‘Rigolos de la Chaussée Jules-César’. Les voici photographiés lors de leur première sortie qui a eu lieu récemment. Ils ont, à cette occasion, élu leur mascotte et un bal avec distribution de cotillons a terminé la fête ». Source : AD presse – Le Progrès de Seine-et-Oise, 27 août 1932.

Pourtant, cette société musicale, créée le 10 août 1932 et parue au Journal Officiel sous le n°19320197, animait de toute son énergie nombre de festivités de la commune et des alentours.
Siégeant au 27 Chaussée Jules-César, côté Franconville, elle réunissait des musiciens de Franconville et du Plessis-Bouchard dans le but « d’engendrer la gaîté et entretenir entre ses membres des relations d'amitié et de bonne camaraderie », selon ses propres statuts.

Mais au fait, qu’est-ce qu’une « Société bigophonique » ?
Le terme bigophonique (écrit parfois bigotphonique) doit son nom au bigophone, instrument inspiré du mirliton et inventé en 1881 par Romain François Bigot (1835-1903). Il se compose d’une embouchure ressemblant à nos kazoos actuels, et d’un cornet de carton auquel n’importe quelle forme peut lui être donnée.
Dès l’invention de cet instrument populaire, car peu onéreux et facile à fabriquer, les goguettes et autres formations chantantes s'en saisirent pour constituer des sociétés bigophoniques. Puis s’ajoutèrent les percussions, cuivres et autres soufflants, au point d’en oublier parfois l’instrument premier. Mais l’esprit festif resta le leitmotiv de ces fanfares atypiques, qui rencontrèrent un large succès et se fédérèrent par centaines en France à la fin du XIXe siècle.

 « Les Rigolos de la Chaussée Jules-César »
Photo2Comme nombre de communes franciliennes (près de 400 en région parisienne à cette époque), Franconville vit alors naître une société bigophonique : « Les Rigolos de la Chaussée Jules-César ». Un nom finalement peu original lorsqu’on sait que d’autres formations portaient déjà le nom de « Rigolos » à Gennevilliers, Ivry, Saint-Ouen, Boulogne-Billancourt…
Autour de Franconville, n’oublions pas Sannois, également dotée d’une société bigophonique, mais aussi « Les rouges-gorges de Cormeilles » et les « Bigophones rouges des Champioux » à Argenteuil, qui comptait une centaine de membres à la même époque.
La joie et l’humour étaient le trait commun à ces sociétés, se dotant ainsi de costumes et de bannières caractéristiques, et se devant même d’élire chacune leur muse.
Le 17 juin 1934, au Vésinet, c’est d’ailleurs avec tous les honneurs que la muse de nos Rigolos, Blanche Dondinat-Behrens, remporta la palme de la Muse Nationale lors du concours organisé par la Fédération Bigophonique de France ! Accompagnée de ses deux demoiselles d’honneur, Lucette Barillon et Ginette Garbez (mascotte de la société), la pianiste et élève du conservatoire national l’emporta avec 12 voix de majorité.
Autre récompense notable lors de ce concours national, un 1er prix de direction fut attribué au chef de musique Robert Mura, par ailleurs membre de droit du bureau de l’association.
Pour la période 1934-1935 (maire : Claude Lagoutte), celui-ci était composé de :
Président : Gaston FRANÇOIS
Vice-président : LE BRETON
Secrétaire : A. PIERRE
Secrétaire adjoint : ROLLIN
Trésorier : GOUILLIEUX
Trésorier adjoint : BOUCHER
Chef de musique : Robert MURA
Archiviste : CREUSILLET

 

 Comme ses consœurs, cette société musicale fut sollicitée dans de nombreux événements, aussi bien pour des fêtes sportives (ex. : CSFPB) que patronales, kermesses et autres retraites aux flambeaux.


Mais c’est sans doute chez Charon, à la gare, qu’eurent lieu les plus grandes soirées, concerts du nouvel an et bals masqués avec concours des plus beaux costumes ponctués par différentes remises de prix.

En guise d’exemple, voici ci-contre l’invitation au le bal du samedi 3 mars 1934 :

 « Allons, dominos de mon cœur,
Bohémiennes riches en couleurs,
Pierrot fantasques
Qui sous les masques,
Cachez la joie et le bonheur,
Arrivez-nous en farandole,
Car aux Rigolos on rigole,
Et tous en chœur nous passerons,
Une belle soirée chez Charon ».

photo4 2photo3 3Hormis à Franconville et au Plessis-Bouchard, Les Rigolos firent entendre le son de leurs instruments à Ermont (pour les 30 ans de l’Amicale de la Vallée), Beauchamp pour la fête des Bleuets, mais aussi à Montigny-lès-Cormeilles, Vernon, Villiers-le-Bel, Le Vésinet…

Pourtant, malgré une activité intense, il est difficile de trouver des archives pour cette société musicale après l’année 1935. Peut-être faut-il préciser qu’à cette époque, deux autres fanfares se faisaient déjà concurrence à Franconville : L’Harmonie de Franconville (fondée en 1913) et L’Espérance Franconvilloise (créée en 1930). En témoigne le programme des fêtes du Haut-Pavé en 1934 :

C’est donc quatre ans avant le début de la deuxième Guerre Mondiale que nous perdons donc trace de cette fanfare originale. Nul doute que ces  ont engendré la gaîté comme ils se l’étaient promis à leur création !