Article rédigé par


Michèle Joumarin
Liliane Chanudet
et Catherine Fisch

Porlier titre

Eugène Léon PORLIER (1863 – 1888) est né à Franconville le 20 septembre 1863, fils d’Etienne Eugène Porlier et de Madeleine Jacquemin.

Son père est menuisier, sa mère cultivatrice issue d’une famille de cultivateurs de ce village.

Porlier MairieA cette époque Franconville est encore un village rural de 1207 habitants (selon le recensement 1866) de la vallée de Montmorency avec une école de garçons sise dans les locaux de la mairie-école qui fonctionnera ainsi de 1842 à 1881 avec Monsieur Gille , directeur des garçons du 19/02/1869 au 1/01/1885.

Depuis sa naissance jusqu’à son incorporation dans l’armée en 1884, il réside avec ses parents à diverses adresses à Franconville, toujours rue de Paris.

Il fera le même métier que son père, menuisier, avant d’entrer le 12 décembre 1884 au 43ème Régiment d’infanterie. C’est alors un homme aux cheveux châtain clair et aux yeux bleus pour une taille de 1m67. Toujours dans l’armée active, il entre au régiment de sapeurs pompiers de Paris (qui est la nouvelle dénomination le 8 septembre 1885 du 43ème régiment d’infanterie), où il devient caporal 2ème classe le 22 septembre 1886, puis caporal 1ère classe le 20 septembre 1886, et démobilisable fin 1888.

article completMais le 8 avril 1888, le destin en décide autrement.

Un violent incendie s’est déclaré durant la nuit du samedi 7 au dimanche du 8 avril 1888 dans les vieux corps de bâtiments de la gare St Lazare, 15-17 rue d’Amsterdam à Paris, entre l’ancienne entrée des voyageurs de banlieue et la grande porte de sortie des voyageurs grandes lignes, dans la partie non encore atteinte par la pioche des démolisseurs.

Quant aux causes de l’incendie, il semblerait que le feu ait pris suite à la négligence d’un employé qui, en allant chercher des documents aux archives, aurait jeté soit une allumette ou une cigarette allumée sur un tas de vieux papiers.

Les deux logements, occupés dans cette zone par des employés, ont pu être évacués, et les bureaux avoisinants étaient déserts à cette heure.

En quelques minutes, les bâtiments sont devenus un immense foyer dont les flammes étaient visibles de loin. Plusieurs casernes de pompiers, dont celle de la rue Blanche où est affecté Léon Porlier, sont appelées pour circonscrire ce désastre.

L’incendie semblait circonscrit, quand tout à coup, un craquement se fait entendre : c’est un escalier qui s’effondre.

Porlier soinsLes malheureux pompiers qui se trouvaient dessus et sur le palier, sont entrainés dans la chute. Il y aura plusieurs blessés et trois d’entre eux seront coincés sous les débris dont le caporal Porlier. Ce dernier, gravement atteint, est emmené à la pharmacie ainsi que le sapeur Pachin également blessé pat un moellon en venant à son secours.

Le lieutenant Colonel Verny, présent sur les lieux, supplie le médecin major de faire tout son possible, mais ce dernier tout en continuant ses efforts, lui répond :

- « Pour moi, ils sont morts »

Le lieutenant Colonel s’approche alors des deux soldats qui râlent, et silencieux leur touche la main, suprême adieu d’un chef.

Porlier victimeSuite à leur décès, les deux hommes seront transportés dans l’omnibus de l’état-major, un sur chaque banquette, vers la caser du Vieux Colombier et ensuite transportés dans un corbillard à la chapelle de l’hôpital militaire des Recollets, rue du Faubourg St Martin.

Les obsèques sur Paris auront lieu le vendredi 13 avril 1888 à midi aux frais de cette ville en l’église St Laurent, rue du Faubourg St Martin, lieu de la cérémonie religieuse, à l’issue de laquelle, le cortège s’est dirigé vers la mairie du 10ème arrondissement où a eu lieu la cérémonie civile en présence :

- d’un officier d’ordonnance représentant le président de la république, Mr Sadi Carnot

- Mr Loze, préfet de police de Paris

- Mr Couston, colonel des sapeurs pompiers

- Mr Gaubet, chef de la police municipale

- Mr Darlot, président du conseil municipal de Paris

et de nombreuses personnalités.

Ensuite, le corPorlier Montparnassetège s’est dirigé au cimetière Montparnasse vers le caveau réservé aux victimes du devoir, où plusieurs discours ont été prononcés par les personnalités présentes.

A la demande de sa famille, le corps du caporal Porlier a été dirigé aussitôt après la cérémonie sur Franconville où il sera enterré le dimanche 15 avril 1888.

Ce dimanche, toute la population de Franconville le Garenne (sa ville natale) était présente :

Le conseil municipal, les fonctionnaires, diverses sociétés dont pour la plupart des compagnies de sapeurs pompiers, les élèves de l’école des garçons, tous se sont réunis pour ses obsèques.

Le cortège s’est rendu rue de Paris au domicile de sa famille qui suivait le char et conduisait le deuil.

Ensuite, venaient :

Le conseil municipal, Mr Muret, conseiller d’arrondissement, Mr Bourgeois, maire d’Andilly, Mr Godet, maire adjoint de Deuil, les fonctionnaires ainsi qu’une délégation des sapeurs pompiers de Paris avec à sa tête le sergent major Pierson, présent au moment de l’incendie, deux caporaux et huit sapeurs.

De chaque côté du cortège se trouvaient les sapeurs-pompiers de Franconville, Ermont, Eaubonne, Deuil, Montmorency, Enghien, Montlignon, St Prix, St Leu, Pierrelaye, Pontoise, Herblay, Sannois, Cormeilles en Parisis, Montigny, Andilly, Argenteuil, St Gratien, Colombes, Asnières, Taverny, Bessancourt et Gennevilliers.

Porlier BlasonLe service religieux a été célébré par le curé de la paroisse, Jean-Marie Le Manchec, accompagné par la fanfare et l’orphéon de Franconville. L’ensemble s’est ensuite dirigé vers le cimetière, lieu de la dernière demeure du caporal Léon Porlier auquel Mme Léoty a offert une concession perpétuelle.

Le maire de Franconville Mr Lucas, Mr Muret, Mr Tuboeuf sous-lieutenant des sapeurs pompiers de Franconville, ont fait son éloge. Le jeune Faucon, au nom de ses camarades, lut un discours rédigé par Mr Gilles, leur ancien instituteur.

Pour terminer, un sapeur pompier de Colombes prononça au nom de toutes les compagnies environnantes les dernières paroles d’adieu à Léon Porlier.

Suite au décès, un secours annuel et un viager de 300 francs ont été alloués à ses parents.

Son nom a été inscrit sur la plaque du monument des morts au feu à la caserne Champerret à Paris.