Le Comte d’ALBON par Allain PrigentBtn page precedente

 

Comte dAlbonC’est un bien curieux personnage aux nombreuses facettes ce Comte qui fut Prince d’une petite principauté. Découvrons sa personnalité, lui qui laissa le souvenir d’un jardin qu’il voulut le plus beau de la vallée de Montmorency, qui disparut durant la Révolution.

Il naquît à Lyon le 8 juillet 1752, dans la paroisse d’Ainay. Son père Camille-Alix-Èléonor prince d’Yvetot (1724-1789) et sa mère Anne-Marie Ollivier, fille d’un receveur général de Lyon. Il avait pour parrain, son grand-père paternel Claude d’Albon prince d’Yvetot et pour marraine sa grand-mère maternelle Françoise Decombe, veuve de David Ollivier écuyer. Il appartenait à une vieille famille du Dauphiné dont ses ancêtres avaient fait la première race des Dauphins du Viennois.

Il était d’un caractère bizarre, faible très accessible à la flatterie. Il était de santé fragile, on nous le montre chétif, mélancolique et pensif pour tout dire dépressif.

Sa famille le destine aux armes, il est mestre de camp de cavalerie, grade élevé correspondant à celui de colonel. Aurait il été pourvu à la suite de son mariage en 1772, d’un régiment, son beau-père le marquis de Castellane était alors maréchal de camp de cavalerie. Il fut en service jusqu’en 1775. De constitution trop faible pour ce dur métier il l’abandonne mais il se para de ce grade jusqu’à sa mort.

Il se consacre à la littérature et aux voyages. Il va nous apporter une dizaine d’ouvrages sans grand intérêt. Il y traite de tous les sujets : politique, économie, arts, sciences parfois agriculture. Il fait des vers, des fables et dessine des gravures. Il est membre de nombreuses académies d’Europe, la première où il fut nommé est celle de Lyon en 1774.

Il fit l’éloge de trois personnalités qui influenceront sa vie et à qui il rendra hommage dans ses jardins.

- François Quesnay (1694-1774) chirurgien et premier médecin de Louis XV, qui devint le chef de l’école des Physiocrates lesquels se proposaient de réformer la société d’après les lois de la nature.

- Court de Gebelin (1725-1784) il étudia les religions et les sciences philologiques. Son tombeau fut érigé dans le parc du Comte d’Albon à Franconville.

- Monsieur de Chamousset (1717-1773) ; philanthrope, possesseur d’une très grande fortune, il la consacre au service des pauvres, fonde plusieurs hôpitaux où il supprime l’usage de réunir plusieurs malades dans le même lit. Il eut l’idée des premières associations de secours mutuels. Il fut le père spirituel de Cadet De Vaux chez lequel celui-ci fit son éducation.

Il convoitait ardemment l’Académie Française dont il ne fit jamais partie. A la mort de Mgr de Coetlosquet en 1784, membre de l’Académie Française depuis 1761, nombre de candidats briguèrent son fauteuil dont le Comte d’Albon. Ce fut le marquis de Montesquiou-Fezensac qui fut élu le 29 avril 1784.

Le Comte d’Albon épouse en 1772 à l’âge de 20 ans Angélique-Charlotte de Castellane-Novejan âgée de 21 ans. Elle est la fille du Blasonmarquis de Castallane-Novéjan, chevalier des Ordres du Roi. Ils auront un fils né le 2 février 1783, décédé à sept mois le 22 août et enterré au cimetière de Franconville. Par contrat de mariage, il reçoit de la part de son père la principauté d’Yvetot consistant en un château, maisons, terres, droits honorifiques. Le titre de prince l’honorait et le grisait. Sur le fronton de l’église d’Yvetot, qui vient d’être reconstruite, pour marquer sa souveraineté, il inscrit : « Au Dieu vivant, Camille III » Plus tard, faisant reconstruire les halles d’Yvetot il inscrira : « Pour la commodité du peuple, Camille III ». Nous découvrons un personnage soucieux du bien public. Il fera paver la route de Paris au Havre dans la traversée de sa principauté. Ayant visité de nombreux pays européens, il compare les différents modes de gouvernement. Il adopte les idées nouvelles lancées par les philosophes, il est démocrate précurseur de la Révolution.

Le royaume d’Yvetot possède une très longue histoire. Le royaume fut confirmé par un arrêt de l’échiquier de Normandie rendu en 1392 lequel donne titre de roi au seigneur d’Yvetot, il lui fut retiré en 1555. Yvetot devient principauté sans droit de justice souveraine jusqu’en 1789 et rattachée à la France. Depuis 1789, les boulevardiers parisiens, les cartes postales ont fait de ce roi, une farce grotesque.

Le 14 février 1781, le Comte d’Albon acquiert une propriété à Franconville, biens que possède Monsieur César-François Cassini de Thury, directeur de l’observatoire royal de Paris. Le comte était déjà installé comme locataire depuis le début de l’année 1780. Il avait rencontré Cassini à Yvetot, celui-ci y avait fait des calculs astronomiques dans le vieux clocher. Le comte d’Albon dès 1780 s’occupait de l’aménagement de ses jardins, en effet sur un de ses monuments « l’Obélisque » il est mentionné : « Commencé et fini en 1780 ». Sa propriété était située à l’extrémité du pays sur la route menant à Pontoise, face au chemin se dirigeant vers Taverny au lieu dit de « la croix d’en bas »

Le pauvre de FranconvilleA Franconville il se penche sur les malheureux, il distribue des remèdes aux malades et la soupe aux pauvres. Il crée une salle de jeux, face à sa demeure. Il restaure et aménage une fontaine à l’intention des habitants ; il y fait inscrire « A la commodité public, Camille d’Albon »

Son acquisition faite, il va agrandir son domaine par échange de quelques terres et il entreprend la réalisation de ses jardins. Il veut qu’ils rivalisent avec ceux d’Ermenonville, de Monceau, de Mortefontaine. Dans cette création, il s’est peint tout entier présentant cette originalité d’être le reflet de ses idées et de ses théories. Il n’en reste plus rien de ces jardins extraordinaires et qui nous seraient inconnus si le comte d’Albon n’avait fait réaliser des gravures des principaux monuments. En 1784 paru un opuscule avec le titre :

Vue des monuments construits dans les jardins de Franconville-la Garenne appartenant à Madame la comtesse d’Albon, gravés d’après ses dessins et ceux de M. de Lussi.

Après le lancement des premiers ballons aérostatiques par les frères Montgolfier, le comte d’Albon veut tenter l’expérience. LeBallon de Franconville 16 janvier 1784, sur le sommet de la colline, il fait partir un globe de 16 pieds de diamètre et 24 de hauteur, s’élevant vers la forêt de Montmorency avec comme passagers : un lapin et deux cochons d’Inde. Il fut retrouvé à proximité du château de la Chasse.

Le repos que le comte était venu chercher à Franconville ne fut pas aussi salutaire qu’il l’espérait. Trop de préoccupations l’agitaient, il agissait en personne manquant de bon sens, il tombait en déchéance mentale vers la folie. Fin 1785 il commence à manifester le dérangement de ses esprits. La construction de ses jardins, les fêtes et les réceptions nombreuses qu’il y avait données, ses générosités abondantes dépassant ses ressources, il s’était endetté. La comtesse d’Albon n’approuvait pas les fantaisies de son mari, c’est elle qui gérait et administrait la fortune. Le comte s’en irritait, un jour il tenta de la supprimer. Par un arrêt du 5 mars 1787 le Parlement de Paris lui accorda la séparation qu’elle avait demandée. Elle se retira dans l’hôtel particulier de ses parents rue de Grenelle. Le 7 mai 1787 le comte est pourvu d’un conseil judiciaire, la déchéance du comte d’Albon, dernier prince d’Yvetot, était consommée.

Le 11 mai 1787, la vente de la propriété de Franconville et des jardins ne se font pas aux enchères mais à l’amiable l’année suivante. L’acquéreur fut Barthélémy-Léonard Pupil, Marquis de Myons, le 18 juillet 1788.

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Le comte d’Albon s’était retiré dans son château d’Avauges, près de Lyon, dès le mois de janvier 1788, il y mourut misérablement le 3 octobre 1789 à l’âge de trente-sept ans en pleine révolution, lui qui avait été un des premiers pionniers de la liberté et de l’égalité.

 Écouter la chanson sur le Roi d'Yvetot par Béranger

 

Sources : les jardins du comte d’Albon d’André Vaquier